Numérisation des services publics au Bénin: quid de l’accessibilité ?

Au Bénin, le gouvernement a lancé le 26 mars 2020 le portail national des services publics, service-public.bj, unique point d’entrée vers les services proposés par l’administration publique béninoise. Cette plateforme permet d’avoir accès à 37 services dématérialisés et depuis quelques jours permet aussi d’avoir son passeport ou son casier judiciaire. Mais cette plateforme est-elle réellement accessible à tous ?

Pour commencer, c’est quoi l’accessibilité numérique ?

L’accessibilité numérique, c’est le fait de permettre aux personnes en situation de handicap (visuels, moteurs, auditifs ou mentaux), d’utiliser un site internet ou une application en toute autonomie.

Selon leur handicap, les personnes concernées utilisent différents outils pour naviguer sur les sites et applis. Lecteurs d’écran, plage braille, switch, ces outils ne fonctionnent que si le développeur a respecté les règles et normes en vigueur. Sinon, impossible de consulter les sites et applis.

Au Bénin, selon recensement national mené en 2013 par l’Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique, sur l’ensemble de la population de 10 008 749 habitants, sont recensés 92 495 personnes en situation de handicap dans la République du Bénin avec comme formes de handicap les plus répandues sont respectivement le handicap visuel (37,4%), suivi du handicap auditif (18%), du handicap moteur cérébral (16,9%), du handicap moteur (16,4%), et pour finir des handicaps intellectuel (6,5%) et psychosociaux (5%).

Ce chiffre ne prend pas en compte les seniors craintifs du numériques ou les personnes habitants en zones rurales qui n’ont pas accès aux infrastructures ou au réseau.

Alors, où en est-on de l’accessibilité du portail béninois des services publics pour ces personnes ?

Selon Frédéric Halna, expert des questions d’accessibilité: “ le site est plutôt simple et la simplicité est l’une des bases de l’accessibilité. La navigation au clavier, notamment pour les personnes malvoyantes fonctionnent bien sur ce site.”

Mais comment mesure t-on l’accessibilité ?

Dans l’optique de vulgariser le sujet, Frédéric et son équipe ont mis en place un outil open source pour tester l’accessibilité des sites. A la fin de l’audit qui prend quelques minutes, un pourcentage apparaît et indique le résultat de l’analyse. Comme vous pouvez le voir ici , le portail des services publics du Bénin obtient un pourcentage de 50% (qui peut varier et monter à 60% en fonction des développements en cours sur la plateforme) notamment pour des raisons de simplicité précisé plus haut. Cependant, il y a donc encore du boulot.

Cet outil intègre 10 critères pour mesurer l’accessibilité d’un site: les images, le cadre, les couleurs, le multimedia, les tableaux, les liens, les scripts, les éléments obligatoires, la structuration de l’information, la présentation de l’information, les formulaires, la navigation et la consultation.

Pour le site du Bénin, seuls les éléments obligatoires comme par exemple le type de document à fournir, la structuration de l’information, la présentation de l’information et les formulaires répondent aux normes internationales.

“ Ce site est très loin d’être en conformité avec les standards internationaux d’accessibilité numérique. Il y a par exemple des images sans alternative, des boutons sans intitulé, des champs de formulaire obligatoires non signalés comme tel.” précise Aurélien Levy, Directeur Général et expert accessibilité chez Temesis, une agence qui garantit l’accessibilité de sites importants comme servicespublics.fr.

Car oui, il y a des normes internationales qui régissent l’accessibilité en ligne. Elles ont été édités par le World Wide Web consortium et constituent un ensemble de recommandations afin de permettre à tout le monde d’accéder au savoir sur internet. En France, comme dans plusieurs pays européens: elles ont été adaptés et existe sous la forme du référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA).

La République du Bénin a signé la Convention Relative aux Personnes Handicapées (CRDPH), ainsi que le Protocole facultatif se rapportant à la CRDPH le 8 février 2008. Les CRDPH et Protocole ont été ratifiés le 5 juillet 2012. Le vote de la Loi portant protection et promotion des Droits des Personnes Handicapées n’ayant été voté au Parlement Béninois que le 13 avril 2017. Ces textes restent très floues sur l’accessibilité numérique, pourtant le droit à l’emploi qui passe aujourd’hui par le web, est également inscrit dans ces textes qui prévoient aussi des sanctions pour toute violation des droits des personnes handicapées.

Autre critère d’accessibilité, la langue. Pour le moment, aucune langue nationale n’est intégré sur le site. S’il est bien bi-lingue (français-anglais), seuls quelques textes en pages d’accueil sont traduits en anglais.

L’accessibilité d’un site s’intègre normalement dans sa conception, au départ, à la base, comme nous l’a expliqué Frédéric Halna. Sinon, il devient difficile de corriger toutes les briques du site et génère un coût plus important pour l’entreprise.

Du côté des autorités béninoises, on assure “ la mise à disposition bientôt des 40 Points Numériques communautaires (PNC) et les 14 CCATIC (Centres Communautaires d’accès aux TIC) de la Poste qui quadrillent le Bénin.”

A cela s’ajoute l’annonce de la ministre de lancer cette année 3 salles numériques réservées aux personnes malvoyantes et handicapées.

Si l’impact du numérique dans la vie des personnes en situation de handicap est difficile à mesurer, il y a selon Frédéric un enjeu à démocratiser le sujet de l’accessibilité et à former des experts. Aujourd’hui en France, seulement une quarantaine d’experts sont qualifiés sur les sujets d’accessibilité numérique.

Africaine déjà-Journaliste ensuite ;)

Africaine déjà-Journaliste ensuite ;)