Comment raconter une histoire africaine ?

Plusieurs d’entre vous le savent, je suis journaliste à France Médias Monde et le traitement médiatique de l’Afrique est au cœur de mon travail.

Photo by Emmanuel Walusimbi via Iwaria

Avec d’autres amis journalistes africains, nous nous interrogeons souvent sur la façon dont le continent est traité dans les médias africains et occidentaux.

C’est un sujet qui nous fait énormément réfléchir, et visiblement nous ne sommes pas les seuls car l’organisation Africa no filter a publié un guide passionnant sur la manière de raconter une histoire africaine.

Etant publié en anglais, je vous propose ici un résumé en français.

Selon le guide, les six écueils à éviter quand on commence à travailler sur l’Afrique:

  • Se concentrer uniquement sur les faiblesses d’une communauté et négliger sa résistance ou sa capacité à faire face à ses problèmes
  • Raconter des histoires qui décrivent essentiellement les organisations de développement comme des héros ou des sauveurs
  • Utiliser des images d’archives et/ ou celles qui suscitent de la pitié et ne reflètent pas le contenu de l’histoire
  • Utiliser des termes chargés de stéréotypes, comme ceux liés au tourisme, au terrorisme, ou à la pauvreté.

Pour les auteurs du guide, il faudrait ainsi montrer la résilience des Africains, souligner comment ils peuvent collaborer les uns avec les autres, mettre les personnes au cœur de l’histoire qu’on raconte, fournir un contexte et des nuances dans la résolution des problèmes et ne pas traiter l’Afrique comme un seul pays.

Le guide recommande qu’afin de surmonter ces pièges, plusieurs points doivent être regardés en face.

  1. La question des relations de pouvoir: Les personnes travaillant pour des agences de développement sont des privilégiés et plusieurs bénéficiaires, dont plusieurs journalistes, se sentent redevables vis à vis d’eux, de fait. Certaines personnes doivent donc prendre en compte ces privilèges dans leur relations aux autres.
  2. S’attaquer aux préjugés implicites dans le processus d’embauche en choisissant des journalistes ou producteurs locaux comme co-créateurs de contenus. Cela permet d’équilibrer les histoires.
  3. Expliquer le consentement éclairé en veillant à ce que les habitants comprennent ce qu’est un « consentement éclairé ou profond » grâce à des outils tels que des formulaires de consentement qui détailleront pourquoi les informations sont recueillies, comment l’histoire sera utilisée et les risques liés à la diffusion de l’histoire.
  4. Investir du temps dans les projets en planifiant minutieusement à l’avance et en mettant à disposition des ressources pour la formation des équipes et le soutien aux groupes vulnérables.

Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur les journalistes en élevant ce guide comme bible du journalisme (loin de là) mais de simplement porter un regard critique sur sa propre méthode de travail (moi y compris).

Bon courage à toustes!

Africaine déjà-Journaliste ensuite ;)

Africaine déjà-Journaliste ensuite ;)