Ad Wondje avec sa newsletter La Baguette

Des tweets, des snaps et des tics toxiques, c’est le titre de la dernière infolettre d’Alain Wondje. Comme les podcasts, les newsletters ont le vent en poupe. Loin de l’image du mail poussiéreux, souvent publicitaire qu’on ouvre presque jamais, les newsletters permettent aujourd’hui de créer un lien entre le lecteur et l’auteur. Rencontre avec Alain Wondje, auteur camerounais d’une newsletter qui finit rarement dans le dossier Spam de votre messagerie.

Bonjour Alain, quel est ton parcours ?

J’ai un profil marketing mais je rêve de vivre de ma plume. Mon identité secrète est celle d’un vendeur dans une entreprise de télécommunication. Tout a commencé avec le blogging en 2014. Depuis j’écris et je cherche les moyens d’écrire en ayant la meilleure audience possible. J’ai essayé le blog d’humeur, les piges tech mais je ne me décrirais pas comme journaliste.

Pourquoi le format newsletter et comment tu en es arrivé là ?

La newsletter est un contre pied à la façon dont l’information est consommée aujourd’hui. De manière générale, il n’y a aucune interaction entre les lecteurs et les éditeurs alors que celui qui lit la newsletter donne au moins de son temps. C’est une valeur importante qui permet de maintenir le public, loin des algorithmes de Google qui trient arbitrairement l’information. La newsletter a l’avantage d’être intentionnelle. Celui qui la reçoit accepte de la recevoir et va très probablement l’ouvrir. C’est un avantage considérable dans cette économie de l’attention.

Aussi, avec une newsletter, on a une base d’adresses mails. Tu sais qui a lu, tu as des retours et tu peux progresser. Sur un blog, on n’a pas forcément un tel niveau de retours qualitatif. A minima, ce qu’on a ce sont des chiffres, le nombre abstrait de visiteurs.

Mon aventure a commencé lorsqu’une internaute cherchait une newsletter francophone sur la tech et les médias en Afrique. Il n’y en avait pas. J’ai donc commencé à la rédiger et j’ai proposé à cette internaute et à deux autres amis de recevoir les premières infolettres. Ensuite, ça a grandi et s’est amélioré.

Je suis persuadée que les Africains aiment lire à partir du moment où l’histoire les concerne.

Quel est ton objectif et pourquoi as-tu choisi de parler de la technologie, l’économie numérique en Afrique ?

J’ai choisi l’économie numérique et la tech parce que c’est l’un des rares domaines où l’information est assez accessible. Les acteurs de cette économie adorent présenter leurs résultats. C’était un moyen d’obtenir de l’information rapidement, sans perdre trop de temps.

Combien de temps te prends la préparation de ta newsletter hebdomadaire ?

Trois heures. J’utilise l’application Pocket qui me permet de sauvegarder des articles repérés pendant la semaine. Pocket me sert de mémoire secondaire. Je remonte donc simplement les articles que je n’ai pas lu et les idées qui me sont parvenus.

Pourquoi cet outil d’envoi Sendinblue ?

J’aime les services français. Les fondateurs de Sendinblue sont français. Le premier outil que j’ai voulu utiliser était Mailchimp mais j’avais trop peu de lecteurs. Je recherchais aussi un service client que m’offrait Sendinblue. En plus, c’est gratuit. De nouveaux clients existent aussi pour créer des newsletters. Je pense à Revue par exemple.

Une audience pour la newsletter en Afrique ?

Oui, car le terrain est pour le moment vierge. La newsletter crée aussi un sentiment d’intimité important avec la communauté d’abonnés.

Combien de gens te suivent ?

Depuis trois ans, j’ai 167 lecteurs. C’est plus ou moins ridicule pour certains mais le type d’interactions dont je dispose me permet de continuer à y croire. Il faut encourager les gens à s’abonner et là il y a un travail d’éducation à faire.

Quelle est ta méthode d’acquisition de nouveaux abonnés ?

Le meilleur moyen d’obtenir de nouveaux abonnés à mon avis, c’est l’événementiel qui permet de grossir sa base de données en récupérant directement les adresses. Cependant, ce n’est pas la méthode que j’utilise. Celle que j’utilise, c’est la recommandation. L’idée est de faire une newsletter tellement pertinente pour une niche spécifique, que cette dernière pourra la partager dans son réseau. 60% des abonnés de ma newsletter se sont abonnés par recommandation.

Comment impliques-tu concrètement tes abonnés dans la construction de ta newsletter ?

Je fais souvent des sondages pour les titres ou pour les thématiques à développer dans la newsletter. Même si j’ai très peu de réponses, je prends en compte les retours des abonnés.

Comment choisis-tu les jours d’envoi ?

Mon idée, c’était que la lettre arrive le dimanche matin à 10h. En même temps que le petit déjeuner des personnes qui ne vont pas à l’église. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la newsletter s’appelle La Baguette. Elle devait donc avoir la même durée qu’un petit déjeuner, c’est-à-dire 5 à 10 minutes. Cependant, des thématiques sont plus complexes à développer que d’autres donc je loupe mes deadlines. En tout cas, de mon expérience, les meilleurs moments sont le dimanche matin, le dimanche soir et le mardi soir.

Comment monétises-tu ta newsletter ?

La première façon, c’était des articles sponsorisés, non pas à l’intérieur de la newsletter mais sur des plateformes externes de mes clients. J’ai aussi développé un onglet publicité qui marche bien puisque des entreprises viennent communiquer auprès de mes abonnés. C’est vrai que j’ai peu d’abonnés mais la newsletter permet d’atteindre une audience bien spécifique et bien définie.

Comment mesures-tu les résultats de ta newsletter ?

Je regarde trois choses importantes: le taux d’ouverture, le taux de clic et les recommandations. Aujourd’hui je suis entre 20 et 60% de taux d’ouverture. Ma moyenne est de 30%.

Comment protèges-tu les données de tes abonné.e.s ?

Cette question est primordiale. Je souhaiterais travailler sans cookies pour ne collecter aucune données de mes utilisateurs. C’est à ce modèle là que j’aspire même si c’est très difficile techniquement. Je suis aussi la seule personne à avoir accès aux données de mes utilisateurs. Je ne les partagerai jamais avec les annonceurs. D’ailleurs, je pense que la protection des données est aussi un outil de différenciation des plateformes comme Facebook.

Quelle est la recette d’une newsletter ciblée pour le continent africain ?

Je pense que nous n’avons pas assez de contenus sur l’ingéniosité des femmes. L’Afrique francophone a un pool de talents incroyables qui méritent d’être servis. La première étape pour un auteur est d’ouvrir une newsletter, la deuxième est d’en lire. La newsletter est un média de niche par excellence.

Africaine déjà-Journaliste ensuite ;)

Africaine déjà-Journaliste ensuite ;)